Pourquoi Silverlight Silverlight a disparu des navigateurs modernes ?

Silverlight était un plugin propriétaire développé par Microsoft pour exécuter des applications web riches (RIA) directement dans le navigateur. Lancé en 2007 comme concurrent frontal d’Adobe Flash, il reposait sur un moteur de rendu vectoriel capable d’afficher des animations, du streaming vidéo et des interfaces interactives écrites en C# ou en VB.NET. Sa disparition des navigateurs modernes ne tient pas à un seul facteur, mais à la convergence de trois ruptures techniques et stratégiques survenues entre 2013 et 2021.

Suppression des plugins NPAPI : le verrou technique qui a exclu Silverlight

Pour fonctionner, Silverlight s’appuyait sur l’architecture NPAPI (Netscape Plugin Application Programming Interface), un standard hérité des années 1990 qui permettait aux navigateurs de charger du code externe. Cette interface posait des problèmes majeurs de sécurité et de stabilité : un plugin défaillant pouvait faire planter l’ensemble du navigateur, et chaque extension NPAPI constituait une surface d’attaque supplémentaire.

Google Chrome a été le premier navigateur majeur à bloquer les plugins NPAPI par défaut, avant de supprimer totalement leur prise en charge. Firefox a suivi la même trajectoire peu après. Sans NPAPI, Silverlight ne pouvait tout simplement plus s’exécuter dans ces navigateurs, quelle que soit la volonté de l’utilisateur.

Ce retrait n’a pas visé Silverlight spécifiquement. Flash, Java et tous les plugins reposant sur NPAPI ont subi le même sort. La différence, c’est que Flash disposait d’une base installée colossale qui a retardé sa chute, tandis que Silverlight n’a jamais atteint une adoption comparable.

Femme en réunion d'entreprise face à un avertissement de technologie web obsolète sur son ordinateur

HTML5 et la balise vidéo : la fin du besoin de plugin pour le web riche

L’argument principal de Silverlight reposait sur ses capacités multimédias, en particulier le streaming vidéo adaptatif (Smooth Streaming). Netflix, le plus gros utilisateur de Silverlight côté grand public, l’avait adopté pour diffuser du contenu sur Windows et macOS.

L’arrivée d’HTML5 a rendu cet avantage caduc. La balise <video> native du HTML5 permettait aux navigateurs de lire du contenu multimédia sans aucun plugin tiers. Associée aux API JavaScript modernes (Canvas, WebGL, Web Audio), elle couvrait la quasi-totalité des cas d’usage qui justifiaient autrefois le recours à Silverlight ou Flash.

Netflix a migré vers HTML5 et les Encrypted Media Extensions (EME) pour gérer les DRM directement dans le navigateur. Cette migration a supprimé le dernier argument de poids en faveur de Silverlight dans l’écosystème grand public.

Ce que HTML5 a remplacé concrètement

  • Le streaming vidéo adaptatif, désormais géré par les protocoles HLS et DASH via JavaScript et la balise vidéo native
  • Les animations vectorielles complexes, prises en charge par SVG et les animations CSS3, puis par WebGL pour la 3D
  • Les interfaces applicatives riches (formulaires dynamiques, tableaux de bord), couvertes par les frameworks JavaScript modernes comme React ou Angular

Microsoft Edge sans Silverlight : le signal définitif de Microsoft

En 2015, Microsoft a annoncé que son nouveau navigateur Edge ne prendrait pas en charge Silverlight. Ce choix a constitué un tournant, car il signifiait que le propre créateur de la technologie la considérait comme obsolète pour le web.

Edge reposait sur un moteur de rendu moderne (EdgeHTML, puis Chromium) conçu pour exécuter du contenu web standardisé. Microsoft a explicitement encouragé les développeurs à migrer vers HTML5 pour leurs applications web, abandonnant la logique de plugin propriétaire qu’incarnait Silverlight.

Le seul navigateur qui continuait à charger Silverlight restait Internet Explorer 11, lui-même en fin de vie. Avec la fin du support d’IE 11 par Microsoft, le dernier point d’accès grand public à Silverlight a disparu.

Fin du support officiel de Silverlight en octobre 2021

Microsoft a mis fin au support de Silverlight le 12 octobre 2021. Depuis cette date, aucun correctif de sécurité ni mise à jour n’est distribué pour le runtime Silverlight. Exécuter ce plugin sur un poste représente donc un risque de sécurité non corrigé.

Cette fin de support n’a pas fait disparaître Silverlight du jour au lendemain dans les environnements d’entreprise. Certains modules de Microsoft Identity Manager 2016, notamment BHOLD Model Generator, FIM Self-service integration et BHOLD Analytics, ont continué à dépendre de Silverlight dans Internet Explorer pour afficher leur interface, avec un retrait planifié des distributions ultérieures.

Silverlight dans les inventaires de patch management

En 2025, des outils de gestion de correctifs tiers comme Heimdal Security listaient encore les binaires « Microsoft Silverlight x64 » et « Microsoft Silverlight x86 » parmi les composants à surveiller ou à désinstaller dans les parcs informatiques d’entreprise. Silverlight persiste comme dette technique sur des postes qui n’ont pas été nettoyés après la fin du support.

Ce phénomène illustre un schéma classique dans l’obsolescence logicielle : la technologie ne disparaît pas au moment de l’annonce officielle, mais des années plus tard, quand les derniers systèmes qui la portent sont eux-mêmes remplacés.

Ancien ordinateur de bureau affichant une invite d'installation de plugin obsolète dans une salle informatique abandonnée

Silverlight contre Flash : deux disparitions, deux trajectoires

Flash et Silverlight ont disparu pour les mêmes raisons de fond (abandon de NPAPI, montée d’HTML5, risques de sécurité), mais leurs trajectoires diffèrent sur un point central : l’adoption.

Flash a dominé le web pendant plus d’une décennie. Des millions de sites, de jeux en ligne et de lecteurs vidéo en dépendaient. Silverlight n’a jamais atteint ce niveau de pénétration. Son adoption est restée concentrée sur quelques cas d’usage spécifiques : le streaming (Netflix), certaines applications métier internes, et des sites institutionnels.

  • Flash a nécessité une coordination mondiale (navigateurs, Adobe, développeurs) pour organiser sa fin de vie, étalée sur plusieurs années avec des dates butoirs progressives
  • Silverlight a pu être abandonné plus discrètement, car sa base d’utilisateurs et de développeurs actifs était déjà réduite au moment de l’annonce
  • Les deux technologies laissent derrière elles du contenu devenu inaccessible, mais l’ampleur du « web perdu » lié à Flash est sans commune mesure avec celui de Silverlight

La disparition de Silverlight des navigateurs modernes résulte d’un alignement technique (fin de NPAPI), stratégique (Microsoft lui-même a tourné la page) et fonctionnel (HTML5 couvre les mêmes besoins sans plugin). Les dernières traces de cette technologie subsistent dans des postes d’entreprise non mis à jour, sous forme de binaires orphelins que les outils de sécurité signalent encore comme composants à retirer.